Contrôler les inondations : les CIC (champs d'inondation contrôlée)

La mesure phare du projet est de mettre en place des zones d’expansion de crue, appelées ici des champs d'inondation contrôlée.

 

DESCRIPTION TECHNIQUE

L'approche développée par les ingénieurs est novatrice. Plutôt que d'effectuer des travaux seulement sur les digues, des champs d'inondation contrôlée (CIC) sont aménagés dans les zones agricoles et naturelles pour protéger les zones urbaines. Ce choix permet de diminuer les hauteurs d'eau dans le lit de la rivière et de retarder sa progression dans la vallée. En cas de crue, l'eau sera stockée dans 16 CIC dont la capacité totale sera de 35 millions de m3.

Pour dimensionner de façon cohérente tous les ouvrages hydrauliques, le niveau de référence maximal adopté est celui de la crue de 1859. Elle est qualifiée de « bicentennale », ce qui signifie qu'elle a 1 chance sur 200 de se reproduire chaque année. Le système de protection n'attendra pas cette cote avant de fonctionner.

Construits sur les digues, les déversoirs permettant d'alimenter en eau les CIC seront opérationnels dès la crue trentennale.

Schéma d'un champ d'inondation contrôlée
Schéma d'un champ d'inondation contrôlée / Crédits image : Joël Valentin

 

En cas de crue bicentennale, la surface actuellement inondable sera réduite de 737 hectares. Le débit de pointe de l'Isère sera de 1 229 m3/s au niveau du pont de la Rocade sud, au lieu de 1 544 m3/s actuellement. Les diminutions des hauteurs d'eau seront de 46 cm à Pontcharra et au pont de Brignoud, de 1,20 m au niveau du stade des Alpes à Grenoble.

 

Présentation vidéo du principe de fonctionnement des champs d'inondation contrôlée

                                                    

 

 

 

Hauteur d'eau moyenne (en m) Volume d'eau stockée (en millions de m3) Surface inondée (en ha) CIC

 

Caractéristiques des champs d’inondation contrôlée

 

2.1 3.6 325 La Bâtie
1 1,5 81 La Boucle du Bois Français
2,7 7,1 166 Saint-Ismier / Montbonnot
1,8 7,1 164 Montbonnot / Meylan
2,8 4,7 206 La Taillat
0,5 0,5 145 Le Versoud / Domène
1,9 3,5 201 Murianette / Gières

 


Les travaux dans le lit de la rivière

L'ARASEMENT DES BANCS

Entre 1970 et 1996, la superficie de forêt qui s'est développée sur les bancs et îlots de la rivière est passée de 24 ha à 100 ha. En effet, à chaque crue, la végétation favorise les dépôts de sables et de limons sur les bancs et îlots. Par conséquent, ceux-ci deviennent plus importants d'année en année. La rivière a donc moins de place entre les digues pour couler, et comme elle n'arrive plus à emporter les bancs et îlots lors des crues, elle attaque le fond du lit ou les digues.

La régulation du lit a deux objectifs :

  • donner plus de place à la rivière entre les digues, afin d'assurer qu'elle ne débordera que tous les trente ans dans les champs d'inondation contrôlée ;
  • permettre un transit des sables et graviers jusqu'au piège à matériaux (plage de dépôt).

Le principe

Différentes actions sont mises en oeuvre :

  • les bancs élevés sont rabaissés ;
  • la végétation est essartée sur les bancs arasés et une végétation herbacée est maintenue ;
  • la pente n'est pas trop abrupte (1/2 à 1/3) de manière à faciliter l'implantation naturelle des plantes hélophytes de l'Isère et le déplacement de la faune entre l'eau et la terre.

 

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Principe d'arasement d'un banc / Crédit images : Joel Valentin

LA PLAGE DE DEPOTS

L'objectif est de capter les matériaux charriés, provenant du secteur médian, de façon à empêcher la remontée du lit aval dont les conséquences seraient négatives à la fois pour la capacité objective du lit endigué et pour la nappe.

Le principe

La plage de dépôt retient les matériaux grossiers (graviers) alors que les sables et les limons en suspension continuent de transiter en aval. L'intervention consiste en un curage régulier.

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Principe d'une plage de dépôt / Crédits image : Joel Valentin

LES BRAS MORTS

Il s'agit de remettre en communication de façon permanente ou en période de crue des anciens bras morts de l'Isère, actuellement coupés de la dynamique de la rivière, et qui sont en voie de disparition (pour la plupart, par fermeture des milieux). Leur remise en eau permettra une plus grande diversité des milieux naturels.

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Principe de fonctionnement d'un bras mort / Crédits image : Joel Valentin

 

LE REAMENAGEMENT DES CONFLUENCES ET DES SEUILS

Deux objectifs principaux :

  • restaurer les échanges piscicoles entre l'Isère et ses affluents, les poissons se reproduisant en majorité dans les affluents,
  • restaurer le franchissement des seuils sur l'Isère elle-même afin de favoriser les échanges et les déplacements dans l'axe amont-aval de l'Isère. 

A quoi cela sert-il ?

Le principe des aménagements à mettre en œuvre est de créer des « marches » dont la hauteur pourra être franchie par les poissons. L'ensemble des « marches » successives mises en place totalisera la hauteur totale de l'ouvrage à franchir.

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Principe de reconnexion d'une reconnexion piscicole / Crédits image : Joel Valentin

Les travaux sur les berges

LE CONFORTEMENT DES DIGUES

Le projet Isère amont prévoit le renforcement des digues sur environ un tiers du linéaire par les différentes techniques classiques :

Certains linéaires seront enfin rehaussés si leur crête n'est pas calée suffisamment haut.

 

 

 

 

 

 

LES ACCES AUX BERGES ET A L’EAU

L'accès direct à la rivière est actuellement difficile voire presque impossible sur certains secteurs pour les promeneurs, les pêcheurs,... La rivière est donc délaissée par les populations et peu observée alors que sa valeur paysagère est appréciable. Il s'agit donc de créer des « fenêtres » sur l'Isère, accessibles à tous et pour tous les jours, tout en contrôlant la fréquentation motorisée.

Plusieurs types d'actions sont prévus :

  • des accès visuels grâce au dégagement de la végétation pour ouvrir des vues sur l'Isère,
  • des accès au bord de l'eau en aménageant le talus de la digue pour faciliter la progression jusqu'au cours d'eau,
  • des pauses au bord de l'eau en aménageant des placettes permettant de contempler l'Isère au ras de l'eau,
  • des cheminements au bord de l'eau pour une courte promenade au bord de la rivière.

 

LES HALTES VERTES

Ce sont des aires de détente destinées à faire des pauses dans un site agréable.

Elles sont ombragées et dotées d'un mobilier rustique pour le pique-nique. Les déversoirs d'alimentation et de sécurité sont mis à profit pour l'installation de ces haltes. Le nombre de ces haltes est compris entre 25 et 30.

 

LES PARKINGS

Les digues ne sont pas ouvertes aux circulations motorisées (sauf aux véhicules de service et secours). Ces parkings permettent donc de s'approcher des digues en voiture et de là, de parcourir les bords de l'Isère à pied, en vélo... Ils sont au nombre de 25 à 30 sur l'ensemble du projet.

 

LES PISTES CYCLABLES ET LES CHEMINS STABILISÉS

L'objectif est de permettre un lien continu tout au long de l'Isère dans cette vallée par des déplacements à pied, à bicyclette...

Trois types de chemins seront aménagés :

  • empierré fin : ceci correspond aux sections à caractère rural ou naturel et où la fréquentation des digues n'est pas très importante. Il permet le cheminement des piétons et des vélos. Ce type de section est situé plutôt dans la partie amont du périmètre.
  • sablé stabilisé : l'état de surface est plus fin que dans le cas précédent. Il permet le cheminement des poussettes ou des handicapés en fauteuil par exemple. Il est réservé aux tronçons proches d'urbanisations importantes qui connaissent une fréquentation assez dense, et où l'on souhaite maintenir un caractère naturel. C'est le cas de la section entre les ponts de la Bâtie et de Domène, et sur le Versoud.
  • piste enrobée : la nature du revêtement autorise tous types de circulations. Il est conçu pour les sections supportant une forte fréquentation. C'est le cas aux portes de l'agglomération grenobloise.

Les travaux dans la plaine alluviale

L’INONDATION DE LA FORET ALLUVIALE

Le but est de remettre en communication des espaces de boisements naturels avec l'Isère en permettant leur inondation à des fréquences plus ou moins rapprochées (majoritairement pour des crues de période de retour de l'ordre de 2 à 5 ans).

Cette inondation de la forêt alluviale permettra de ralentir le processus de vieillissement des boisements et de créer localement des zones plus ou moins humides à fort intérêt écologique.

Ces types de remises en eau s'effectuent selon trois procédés qui peuvent se combiner entre eux :

  • Effacements de digues ;
  • Reculs de digues en arrière de la forêt en recréant un cordon de digue à l'extérieur de la zone boisée et en ouvrant la digue existante ;
  • Communications hydrauliques à l'aide de buses sous la digue actuelle qui permettent d'inonder les boisements.

 

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Exemple de forêt devenue alluviale / Crédit image : ULM 38

LE REAMENAGEMENT DES PLANS D’EAU

Cela consiste à aménager les gravières de manière à optimiser leurs potentialités environnementales (accroissement de la biodiversité / enrichissement faunistique et floristique). Ces dernières ne peuvent s’exprimer actuellement compte tenu de la structure même des plans d’eau.

Trois types d'actions sont prévus :

  • Reprofilage des berges afin de créer une zone littorale.

Ce type d'aménagement a pour but de favoriser le développement de la vie aquatique, de développer un lieu de reproduction et de nourriture pour la faune péri-aquatique et les oiseaux d'eau.

  • Aménagement de déversoir sur la digue pour que les eaux de l'Isère en période de crue puissent pénétrer dans la gravière.

Ce type d'aménagement permet un enrichissement des eaux de la gravière et une diversification des peuplements faunistiques et floristiques du plan d'eau pour évoluer vers une roselière humide de type marais, à terme, la gravière se comblant.

  • Comblement d'une zone du plan d'eau par des sédiments fins pour permettre la création de hauts fonds de type « marais ».

Cet aménagement vise à créer un milieu humide ouvert favorable aux oiseaux d'eau (halte migratoire, zone de reproduction et de nidification) ainsi qu'aux poissons (zones de frayères et de nourriture). Les apports venant de l'Isère permettraient de créer une zone de marais peu profonde (appelée « hauts fonds »).

 

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Réaménagement du plan d'eau de la Taillat par comblement partiel et replantations / Crédit image : Photec

LA RESTAURATION DU CORRIDOR BIOLOGIQUE

Le corridor biologique est actuellement altéré sur près de 30 km. Cela correspond à l’absence de végétation arborée côté vallée et à la présence ou non d’un cordon boisé épars sur la digue. Ce corridor biologique est pourtant primordial, car il permet à de nombreuses espèces de passer de Chartreuse à Belledonne (en général le long des affluents). Une vingtaine d'hectares seront replantés en bordure d'Isère en général dans des zones sélectionnées pour leur potentiel agricole plus réduit. Des replantations seront aussi effectuées le long de certains merlons afin d'améliorer les corridors biologiques transversaux.

 

LA DEMARCHE ENVIRONNEMENTALE DU SYMBHI EN VIDEO